Dans Propositions, ville_gestion

À moins de 18 mois de la fin de cette mandature, ce débat sur les orientations budgétaires nous permet d’approcher la réalité de la situation de notre ville sur plusieurs plans.
Dans le domaine financier, même si vous vous félicitez comme chaque année de la notation de Paris, la situation s’est considérablement détériorée.
De moins de 1 Md d’endettement en 2001, nous sommes passés à 4 Md en 2014 pour atteindre 6,5 Md en 2019. Si Paris reste par habitant une des villes les moins endettées de France, le ratio d’endettement par habitant s’est considérablement détérioré et notre population diminue malheureusement !
Enfin, nous atteignons une capacité de désendettement de 12 années, alors que par comparaison, une autre grande collectivité, la Région Île-de-France voit ses ratios s’améliorer de façon notable avec une capacité de désendettement aujourd’hui ramenée à moins de 6 années et une dette légèrement supérieure à 5 Md d’euros.
La capacité d’équilibre du budget de notre ville atteint donc ses limites, alors que de grands défis nous attendent dans les prochaines années : des investissements à réaliser dans les réseaux de transport au financement des JO, sans parler des risques à anticiper comme celui d’une crue de la Seine ou d’une dégradation de la situation sécuritaire.
Alors que ces défis et ces risques n’ont jamais été aussi nombreux, Paris sera dans une situation financière dégradée avec une dette financière six fois plus élevée qu’à votre arrivée.
Et je n’ai pas évoqué les ressources quasi exceptionnelles qui dopent votre budget comme les loyers capitalisés des bailleurs, l’externalisation du stationnement ou mieux le niveau record des droits de mutation (près de 1,5 Md attendu en 2019 contre 1 Md en 2015) soit au total quasiment 1 Md de ressources exceptionnelles qui dopent votre budget.
Mais mes chers collègues, avec qui ce budget est-il mis en œuvre sinon avec le personnel de la Ville, soit environ 51 000 agents et 64 000 si on intègre au premier chiffre, les effectifs des sociétés publiques locales et celui des SEM.
Tout en saluant globalement leur action ou service des Parisiennes et des Parisiens, on est bien obligé de citer des chiffres qui nous interpellent tous et qui démontrent dans ce domaine essentiel, une grave détérioration de la situation…
Le taux d’absentéisme s’élève à 10 % et comme d’ailleurs dans d’autres villes, la durée légale annuelle du travail de 1 607 h réglementaires n’est pas respectée…
Dans de nombreuses directions, notamment celles au service des Parisiens, celles qui gèrent l’espace public, les postes sont insuffisants, quand ils ne sont pas supprimés ou non pourvus.
La DVD, la DEVE, la DPE manquent de bras, qu’ils s’agissent d’agents, d’encadrants ou d’ingénieurs.
Quelles que soient leur bonne volonté et leur implication, les agents de la Ville croulent sous les protocoles, les comptes rendus, les statistiques, le respect des procédures…
Les conséquences, nous les connaissons dans toutes les Mairies et dans les services dédiés à l’accueil du public : un manque souvent criant de personnel, des difficultés à recruter renforcés par le découragement de certains et une pyramide des âges défavorable…
Nous nous trouvons dans une situation paradoxale : alors que la Ville –de par la réforme de son statut que vous avez voulue- intègre de nouvelles attributions, la situation des personnels n’a jamais été aussi fragile, voire inquiétante.
Elle est en outre fragilisée par un phénomène que nous ne pouvons ignorer : l’incapacité grandissante de nos personnels à se loger dans Paris ou à proximité : le temps de transport des agents de la Ville ne fait que croître en raison de la hausse galopante des loyers à Paris ainsi que dans toute la couronne parisienne.
Il y a donc urgence à se pencher sur cette problématique qui nous oblige aujourd’hui.
J’estime que la Ville doit faire un effort beaucoup plus soutenu dans le logement de ses personnels….
Paris doit loger en priorité, celles et ceux qui travaillent au service des Parisiennes et des Parisiens : ceux qui sont sur le terrain quotidiennement dans nos crèches, dans nos rues, dans nos Mairies…
C’est avec cette politique que nous pourrons préserver le nombre et la qualité des personnels qui œuvrent au service du public.
Venons-en maintenant à une autre problématique que beaucoup de nos concitoyens perçoivent et qui ne manque pas de nous interroger :
L’incapacité grandissante que donne cette municipalité à ne pouvoir travailler avec tous ses interlocuteurs.
Alors que les problèmes sont de plus en plus compliqués, la Ville poursuit, développe, met en avant ses politiques sans prendre en compte ses partenaires naturels que sont l’État ou la Région Île-de-France qui disposent pourtant dans un certain nombre de domaines, des attributions légales.
Deux exemples sont particulièrement frappants : la lutte contre la grande pauvreté que vous avez couplée pendant 2 ans avec une gestion partielle de flux migratoires et la gestion des mobilités.
Sur le premier thème, en prenant des positions pour des raisons certes humanitaires, mais sans concertation avec l’État, vous avez, avec le centre de migrants de la Porte de la Chapelle, généré des flux migratoires sur Paris alors que les campements de Calais étaient fermés.
Par idéologie et par faiblesse, vous avez ainsi largement contribué à l’embolisation de secteurs entiers de l’Est Parisien avec le cortège de problèmes qui en découle…
Certes la longueur des procédures d’admission au droit d’asile ne facilite pas les choses, mais c’est justement parce que ces affaires sont compliquées, qu’il doit y avoir une coproduction dans ce domaine entre Paris et l’État.
Paris ne peut pas tout faire, Paris ne doit pas tout faire au risque d’oublier le service du aux Parisiens !
La problématique est la même dans le domaine des transports.
Alors, Madame la Maire, que vous accueillez des sommets internationaux sur l’environnement, que vous présidez une des plus grandes associations des Maires, vous vous trouvez dans l’incapacité de dialoguer et de travailler sérieusement avec la Présidente de la Région Île-de- France.
S’il y a bien un domaine où l’urgence climatique s’ajoute à l’incurie des gouvernements socialistes qui ont sous investi pendant 30 ans dans les transports, notamment en Île de France, c’est celui des mobilités.
Alors que le Grand Paris Express est détricoté par Bercy et par les pesanteurs administratives, il est urgent que la Mairie de Paris et la Région Île de France se parlent, travaillent et cofinancent des projets pour Paris.
La région n’est plus le tiroir caisse qu’il a été pendant 12 ans et Paris n’est pas une île !
Qu’il s’agisse de la création d’un plan de circulation qui n’existe pas au niveau de la Métropole, du déploiement du nouveau réseau d’autobus parisiens ou des investissements à venir, le dialogue et la coopération entre Paris et la Région Capitale est une exigence et un devoir.

CONSEIL DE PARIS
SÉANCE DE NOVEMBRE 2018
INTERVENTION DE JEAN PIERRE LECOQ SUR LE DÉBAT D’ORIENTATION BUDGÉTAIRE

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