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Le maire de Paris a échoué dans l’aménagement des rythmes éducatifs

Intervention de Jean-Pierre Lecoq au Conseil de Paris du 14/10/2013

Retrouvez le texte intégral de l’intervention de Jean-Pierre Lecoq, au nom du groupe UMPP, au Conseil de Paris du 14 octobre 2013, sur le premier bilan de la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires à Paris.

Monsieur le Maire,
Mes Chers Collègues,

Nous attendions avec beaucoup d’impatience cette séance du Conseil de Paris du mois d’octobre, puisque vous n’avez pas voulu, vraisemblablement pour cause de réforme des rythmes éducatifs, tenir une séance de notre Conseil de Paris dès le mois de septembre.

Nous nous trouvons donc 6 semaines après sa mise en œuvre, devant une situation particulièrement grave.

Alors que la plupart des maires, par sagesse, qu’ils appartiennent à la majorité nationale ou à l’opposition, ont décidé d’attendre la rentrée 2014 pour appliquer cette réforme, convaincus qu’elle amènerait dans la gestion quotidienne son lot de difficultés, vous avez souhaité la faire appliquer dès cette année dans la Capitale. C’était un pari audacieux. Vous avez perdu, puisque le très important nombre d’établissements scolaires, plus de 600, rendait la mise en œuvre de l’ARE particulièrement difficile.

Certes, vous avez mis les moyens financiers ; certes, vous avez mobilisé une grande partie de l’administration municipale et d’ailleurs depuis le mois d’avril on a eu l’impression qu’une grande partie de l’administration ne s’occupait plus que de l’aménagement des rythmes éducatifs.

Mais, les défauts que nous avions pointés dès la première réunion du comité de suivi que vous avez bien voulu réunir avant les vacances apparaissent aujourd’hui dans toute leur ampleur.

La sécurité des enfants tout d’abord : à l’intérieur de l’école, à l’extérieur, en raison des chevauchements d’activités, en raison des allées et venues de personnes dont certaines ne sont pas connues des directeurs et directrices, en raison du changement d’animateurs, du changement d’associations. Enfin, parce que si les animateurs de la Ville de Paris font l’objet d’une procédure spécifique en matière de connaissance de leur casier judiciaire, la loi ne permet pas de demander ces documents à des animateurs membres d’associations.

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JPL au Conseil de Paris

La 2ème raison : c’est la difficulté que vous avez à gérer des personnels qui sont nécessaires et à instaurer un réel partage des tâches non conflictuel entre les différentes catégories de personnels qui interviennent ; je pense notamment aux directeurs ainsi qu’aux professeurs des écoles, aux ASEM qui sont en permanence dans l’école et qui doivent maintenant composer avec non seulement les REV, mais également les animateurs d’associations recrutés spécifiquement pour ces tâches.

La gestion des personnels ASEM pose également une difficulté. Si un recrutement effectif a eu lieu, force est de constater que certains ASEM, notamment ceux qui ont l’expérience la plus importante rechignent à effectuer certaines nouvelles tâches. Inversement, de nouveaux ASEM qui ont été spécifiquement formés pour assurer notamment en maternelle des ateliers périscolaires rechignent à revenir ensuite à des tâches plus traditionnelles de cette catégorie de fonctionnaires.
Enfin, lorsque vous devez faire appel à des personnels extérieurs, notamment pour assurer le nettoyage des réfectoires ainsi que de certaines parties communes (je pense au préau des écoles le samedi), les gardiens sont livrés à eux-mêmes. Les CASPE ne sont pas ouvertes et en conséquence lorsque les agents chargés de faire le ménage et appartenant à des sociétés extérieures ne sont pas présents, ils n’ont aucunement la possibilité de s’adresser à la CASPE qui pourrait alors non seulement relancer pour faire venir effectivement ces personnes, mais également éventuellement appeler un service ou une société de substitution.

Il convient donc, et c’est ma première demande Monsieur le Maire, que vous demandiez à ce qu’une permanence de la direction des affaires scolaires -commune peut-être à plusieurs CASPE- soit effectivement joignable le samedi matin afin de gérer ce type de problème.

Enfin, quant au contenu des ateliers, il est parfaitement inégal, sans dire que tous les ateliers ne seraient pas de bonne qualité. Force est de constater que si par exemple mon arrondissement a été relativement bien pourvu en matière d’ateliers, nous nous apercevons que dans de nombreux arrondissements de l’Est parisien, il n’en est pas de même. Contrairement à vos souhaits et contrairement à ce que vous disiez, nombre d’enfants scolarisés dans des écoles situées dans des ZEP, quittent leur établissement dès 15h le mardi et le vendredi et vont jouer dans la rue. Etait-ce ce que vous pensiez attendre de cette réforme ?

Vous nous avez dit que cette réforme devait permettre aux élèves les plus en difficultés et ceux issus de quartiers difficiles de pouvoir bénéficier de nouveaux enseignements… et ainsi peut-être de récupérer leur retard.

On s’aperçoit que cette réforme a des effets collatéraux totalement dissemblables. Si nombre d’enfants des écoles situées en ZEP quittent leur établissement à 15h ou à 16h le mardi et le vendredi et vont jouer dans la rue, bien évidemment les objectifs que vous avez énoncés un peu imprudemment ne seront pas atteints.

Vous avez convoqué, au cours de nombreuses réunions, en renfort, une armée de chrono-biologistes, l’académie de médecine, vous avez décrété urbi et orbi que la nouvelle organisation de la semaine telle qu’elle était maintenant pratiquée à Paris constituait une réussite planétaire et bien évidemment était le gage de la réussite future des petits parisiens.

Or, nous nous apercevons aujourd’hui que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Au contraire, les problèmes se trouvent multipliés. La fatigue des enfants est une chose évidente. Comment n’y avez-vous pas pensé avant ? Et pourquoi aujourd’hui M. Peillon comme vous Monsieur le Maire, vous refusez de voir la vérité en face. Les enfants sont actuellement fatigués, fatigués alors que la rentrée est intervenue il y a moins de 6 semaines.

Il est évident que le cycle des enfants, et notamment les plus jeunes, est mis à mal par une organisation hebdomadaire chargée et totalement hétérogène : aucun jour ne se ressemble, ils ne peuvent donc pas trouver et caler leurs rythmes. Tout le monde peut le comprendre. M. Weil, M. Delanoë et Mme Brossel deviendraient-ils autistes sur cette question.

Si on veut vraiment améliorer les choses et prendre acte des difficultés, il faut que vous demandiez au Ministre de l’Education Nationale de ne plus appliquer aux écoles maternelles cette réforme insensée. Laissez les enfants les plus petits respirer, qu’ils conservent un rythme de travail et de repos que leur jeune âge nécessite. Si vous continuez, vous prenez le risque de déstabiliser les enfants dès le plus jeune âge en minimisant les conséquences psychiques et éventuellement physiques que cela pourra avoir dans l’avenir.

Quant au recrutement des personnels, il est indispensable que lorsqu’il s’agit de personnels émanant d’associations, que les associations leur appliquent une procédure identique à celle que la Ville applique à ces agents intervenant en milieu périscolaire.

Enfin, au lieu de multiplier le nombre d’ateliers, redonnons-leur une certaine cohérence et faisons l’effort de consulter les professeurs et maîtres à ce sujet.

L’éducation n’est pas une science facile. Si beaucoup de Français ont tendance à donner leur avis quelquefois imprudemment sans connaître la problématique des matières elles-mêmes ainsi que la difficulté de les enseigner, il est indispensable de faire confiance aux personnels de l’Education Nationale.

Monsieur le Maire, je vous le demande, alors que vous avez méprisé les enseignants, vous les avez braqués, que le recteur n’a pas assuré son rôle, il est indispensable que la nature et le nombre des ateliers périscolaires soient définis dans chaque école en liaison avec la communauté scolaire. Cela permettra d’ailleurs d’éviter que dans la même école, dans certaines disciplines, des ateliers soient organisés gratuitement et ensuite, que dans le cadre des ateliers bleus, ils donnent lieu à rémunérations.

Il vous faut, Monsieur le Maire, donner le temps nécessaire aux différents partenaires que vous n’avez pas écoutés avant l’été. Les ratés de cette réforme vous y obligent. Nous vous le demandons aujourd’hui avec fermeté.

Vous avez en partie échoué dans la mise en œuvre de cette réforme. Faites en sorte qu’elle soit modifiée, qu’elle soit recalibrée et qu’elle donne lieu à des évolutions discutées entre les différents partenaires de l’école aux premiers rangs desquels se trouvent les professeurs.

Vous pouvez encore sortir par le haut de cette réforme. Si vous vous entêtez, comme l’a fait d’ailleurs très imprudemment le Ministre, il y a quelques jours, nous risquons d’aboutir à des drames.

Je vous remercie mes chers Collègues.

ARE : aménagement des rythmes éducatifs
ASEM : Agent spécialisé des écoles maternelles
REV : Responsable éducatif ville
CASPE : circonscription des affaires scolaires et petite enfance
ZEP : zone d’éducation prioritaire

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