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Voies sur berges : « Un projet qui n’a pas lieu d’être avant l’heure »
INTERVENTION DE JEAN-PIERRE LECOQ A LA SEANCE DU CONSEIL DE PARIS DU MARDI 8 FEVRIER 2011
Monsieur le Maire
Mes chers Collègues,
Avec le projet que vous nous présentez aujourd’hui assorti du bilan de la concertation, vous vous êtes surpassés dans tous les domaines où vous excellez, c’est-à-dire ceux d’une communication boursouflée et d’une pseudo-concertation. Rappelons tout d’abord que les voies sur berges sont restées en 2001 sous la responsabilité préfectorale alors que la quasi-totalité de la voirie parisienne passait sous votre responsabilité. La Préfecture de Police en a gardé le contrôle en raison de leur caractère stratégique de liaison transversale et de leur connexion au réseau autoroutier et de voies rapides franciliens.
A travers ce projet, vous n’hésitez pas à faire fie de cette réalité géographique et réglementaire en proposant un projet d’aménagement ludique dont les conséquences multiples sont manifestement sous-estimées.
Premièrement, reprenant les méthodes de vos alliés verts, vous n’hésitez pas à afficher des données fantaisistes en matière de temps de parcours supplémentaires, de reports de circulation et de pollution.
Enfin qui peut croire que les temps de parcours supplémentaires se limiteront à 6 minutes entre la gare d’Austerlitz et le Pont de Bir-Hakeim comme vous osez le prétendre dans votre projet ? Nous avons vu fin décembre —lorsque la crue de la Seine a submergé les quais Rive Gauche— que la réalité était toute autre : en pleine période de vacances, le boulevard Saint-Germain était totalement saturé et les embouteillages comme souvent remontaient jusqu’au Pont Alexandre 3.
Alors que les études internationales montrent que Paris est une des villes les plus embouteillées du monde, les multiples travaux sur le réseau francilien (notamment sur les tunnels) vont encore compliquer la donne.
Vous n’hésitez pas à concevoir un projet qui va aggraver dramatiquement cette situation.
Lorsque dans 15 ou 20 ans, les progrès réalisés en matière de transport de banlieue à banlieue, lorsque le métro du Grand Paris sera en service et permettra à des millions de personnes d’éviter la Capitale, alors le projet d’aménagement voire de suppression de la circulation sur les berges de la Seine sera pertinent. C’est d’ailleurs ce que vous avez répondu systématiquement aux Verts pendant la première mandature lorsqu’ils vous avaient proposé à plusieurs reprises cette idée.
Comme vous, nous ne sommes pas défavorables à un aménagement raisonnable et réversible qui pourrait être limité en fonction de la saison voire à l’intérieur de la journée.
En revanche, l’aménagement définitif que vous proposez n’est pas acceptable pour toutes les raisons exposées. Parmi elles, permettez-moi d’évoquer l’insécurité qui risque de s’emparer de cette vaste zone allant du Musée d’Orsay jusqu’aux abords de la Tour Eiffel.
Alors que nous sortons avec lenteur d’une période hivernale qui a commencé en novembre, il est évident que fort peu nombreux seront les usagers des berges aménagées entre les mois d’octobre et d’avril.
En revanche, nous risquons certains soirs et notamment les vendredi et samedi, d’attirer des personnes désoeuvrées et alcoolisées qui créeront un foyer d’insécurité permanent lors de la seconde partie de la nuit.
La situation que nous connaissons à partir du printemps sur la Passerelle des Arts justifie cette analyse.
Vous comprendrez donc, Monsieur le Maire, qu’au terme de mon intervention, je me prononce en faveur d’une expérimentation de la fermeture des berges, expérimentation aisée à mettre en oeuvre mais qui devra être d’une durée suffisante pour apprécier pleinement les mesures de compensation indispensables à prendre aussi bien rue de Rivoli que boulevard Saint-Germain.
Voies sur berges: des risques majeurs d’insécurité
Lors de la réunion qui s’est tenue à la Mairie du 6e arrondissement, le mercredi 10 novembre à 19 heures en présence de Madame LEPETIT, Adjointe au Maire de Paris en charge de la circulation, j’ai attiré l’attention de l’ensemble des participants sur les risques majeurs d’insécurité que pourrait générer cette opération d’aménagement. Je prends notamment l’exemple de la situation de la Passerelle des Arts sur laquelle les problèmes d’insécurité ne sont pas maîtrisés.
En ce qui concerne les reports de circulation, il me semble par ailleurs indispensable que les aménagements réalisés dès l’été 2001 sur la rue de Rivoli et le boulevard Saint-Germain soient réexaminé.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité de mon intervention:
« A l’occasion du débat que nous venons d’avoir, il apparaît que si les avis sont partagés, il est essentiel de pousser davantage les études.
Nous l’avons constaté et nous le constatons chaque jour davantage : certains des aménagements réalisés au cours de la précédente mandature sont toujours incompris et se révèlent souvent dangereux pour nombre de nos concitoyens, notamment les plus faibles qu’il s’agisse des personnes âgées ou celles qui sont porteuses d’un ou de plusieurs handicaps.
Dans notre arrondissement, c’est le cas du boulevard du Montparnasse, aménagé dans sa portion comprise entre la place du 18 Juin et le boulevard Raspail, puis entre le boulevard Raspail et le boulevard Saint-Michel. Chacune des extrémités des deux sections aménagées constituent autant de pièges –éventuellement mortels- dans la mesure où conceptuellement, les feux régissant le couloir de circulation central –emprunté par les autobus, les taxis et les vélos- sont déconnectés des feux régissant les deux couloirs latéraux.
Dans le débat qui nous occupe aujourd’hui, il convient d’être pragmatique et réaliste, en évacuant les positions de principe et les présupposés qui avaient largement inspiré la politique de circulation de la précédente mandature.
Sur l’opportunité de l’opération, sachez que je partage la plupart des remarques que vous avez faites. Cette opération ne me semble en aucune façon indispensable à la vie quotidienne des Parisiens ; elle risque au contraire d’avoir des conséquences néfastes pour beaucoup d’entre eux.
Mais c’est un choix délibéré du Maire et de la majorité municipale qui le soutient, un choix qui a fait l’objet d’un vote positif du Conseil de Paris.
Certes le Préfet de Police qui a autorité sur l’ensemble des voies sur berges parisiennes peut s’y opposer. Il peut aussi l’approuver à un certain nombre de conditions.
A cet égard, permettez-moi d’évoquer les problèmes d’insécurité qui risquent de survenir dans cette zone. En effet, nous le voyons depuis plusieurs années avec le Pont des Arts, toute zone inoccupée peut être rapidement occupée par des populations plus ou moins désœuvrées, mais en général alcoolisées, qui créent rapidement un climat d’insécurité. En dépit des effectifs de police qui sont régulièrement mobilisés, la situation sur le Pont des Arts ne s’est pas améliorée. Nous risquons donc, vous risquez donc de créer une nouvelle zone « insecured » sur les quais bas de la rive gauche, dès l’automne et en fin de semaine, avec des probabilités élevées de diffusion dans les autres quartiers des 7e et 6e arrondissements.
Cet aspect des choses me semble prioritaire et force est de constater qu’il n’a pas été pris en compte jusqu’à maintenant ni dans la présentation du projet ni dans les réunions suivantes.
En ce qui concerne les reports de circulation, la réalité risque d’être très éloignée de ce qui a été prévu. Dans leur organisation actuelle, le boulevard St Germain et la rue de Rivoli risquent d’être définitivement submergés par les stratégies d’évitement de nombreux automobilistes. Les chiffres cités par la Direction de la Voirie et qui seraient représentatifs des délais supplémentaires de parcours générés par ces nouveaux aménagements ne sont pas crédibles. Ils sont manifestement sous évalués comme l’ont été beaucoup de données sous la précédente mandature et ils plaident pour une expérimentation sur une période significative de ces aménagements.
La récente étude comparative sur les phénomènes de congestion automobile existant dans les grandes villes le prouve : la situation est aujourd’hui très dégradée à Paris et en Ile de France et elle ne s’améliorera pas demain avec les multiples travaux prévus sur les tunnels autoroutiers et les différentes voies de liaison.
Vous l’aurez compris Mesdames et Messieurs, Madame le Maire, je ne suis pas favorable à ce projet ludique et étriqué qui n’est pas à la hauteur de la capitale et de la métropole qu’est Paris.
Dans l’hypothèse où néanmoins ce projet serait réalisé, je suggère que des mesures compensatoires fortes soient prises. Boulevard St Germain et rue de Rivoli, il convient de s’interroger sur la pertinence des aménagements réalisés à marche forcée dès l’été 2001. Et je rappelle pour ceux qui l’auraient oublié, que les aménagements réalisés sur ces deux voies majeures l’ont été sans aucune consultation des Architectes des Bâtiments de France : ils sont illégaux, Monsieur Blanchecotte, responsable des ABF de Paris peut le confirmer.
La libération de la rue de Rivoli et du boulevard Saint Germain sont, selon moi, une condition indispensable à la mise en œuvre de ce projet s’il venait à aboutir.
Ce sont, Mesdames et Messieurs, les quelques réflexions que je souhaitais porter à votre connaissance à l’issue de cette réunion de concertation, alors que le débat sur ces projets d’aménagement commence. »
