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Inauguration de la Tour Nord restaurée

Voici l’intégralité du discours que j’ai prononcé, dimanche 16 janvier :
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Cardinal, Eminence,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus
Mesdames, Messieurs, Chers Paroissiens,
C’est avec impatience que nous attendions tous, de pouvoir à nouveau contempler cette tour Nord de l’Eglise Saint-Sulpice, dont nous avons pu suivre, au fur et à mesure du démontage des échafaudages, l’admirable renaissance.
En regardant cette tour rénovée s’élancer vers les cieux, il est difficile d’imaginer les quatre années de travaux titanesques que sa restauration a nécessités.
Alors que nous l’inaugurons aujourd’hui, il me semble donc important de revenir un instant sur les conditions dans lesquelles cette opération a été conduite, car il ne fut pas simple, en effet, de décider de reconstruire en grande partie la tour de la plus grande Eglise de la capitale, tant par ses dimensions que par sa capacité d’accueil.
Un siècle après son achèvement, dans la décennie 90, lorsque les chutes de pierres s’accélèrent et menacent gravement les piétons et les véhicules qui empruntent la rue Saint-Sulpice, il est décidé, en 1998, d’acquérir un échafaudage de protection enserrant la tour Nord dans un carcan métallique.
Afin de connaître l’état réel de cet édifice, l’Architecte des monuments historiques mène, jusqu’en 2005, des études techniques démontrant que près de 80 % des pierres de la tour doivent être remplacées.
Ce chantier de rénovation sera donc l’un des plus importants des vingt dernières années, si l’on excepte évidemment la rénovation permanente du Château de Versailles.
Il fallut ensuite que l’Etat et la Mairie de Paris acceptent de cofinancer cette opération, l’Etat portant même sa participation de 33 % à 50 %.
Permettez moi donc de remercier tous ceux et toutes celles qui sont à l’origine de cette décision capitale, car à partir du moment où le chantier était lancé, il ne pouvait plus s’arrêter.
Merci Monsieur le Ministre ainsi qu’à votre prédécesseur Jean-Jacques AILLAGON qui a porté à 50 % la part de financement de l’Etat.
Merci, Monsieur le Maire de Paris d’avoir pris cette décision, certes lourde financièrement, mais qui démontre l’attachement que porte Paris à son Histoire et au patrimoine culturel et cultuel implanté sur son territoire.
Je n’oublierais pas non plus les adjoints au Maire successifs, chargés du Patrimoine, qui ont porté cette opération, ainsi que Monsieur ROUMANET, Curé de Saint-Sulpice, qui l’ a suivie avec moi, alors qu’elle n’était encore qu’en gestation.
Mais surtout j’adresse mes plus vives félicitations aux Ouvriers de tous les corps de métiers, des « pierreux » jusqu’aux grutiers, qui, pendant 4 ans et demi, par tous les temps ont travaillé dans des conditions souvent difficiles, mais qui garderont, j’en suis certain, le souvenir d’avoir participé à un chantier exceptionnel.
Cette église, vous le savez, Mesdames, Messieurs, dont la première pierre fut posée par Anne d’Autriche en 1645, s’est construite en deux siècles et demi. Elle n’a, d’ailleurs, jamais été achevée, comme en témoigne sa tour Sud.
Aujourd’hui, la Ville de Paris propriétaire de l’édifice, en vertu de la loi de 1905, a financé, avec l’aide de l’Etat, la rénovation complète de la tour Nord et a ainsi redonné à Saint-Sulpice un lustre et une visibilité que les ravages du temps lui avaient fait perdre.
Certes, beaucoup de choses restent encore à faire à l’intérieur de l’édifice : la rénovation des installations électriques, la restauration des chapelles et la mise en valeur des toiles de Delacroix. Et il est important que ce chantier continue, des milliers de fidèles et de touristes du monde entier visitant cette Eglise.
Aussi, à cet instant, comment ne pas penser à Bossuet, dont tout le monde se souvient des fameux derniers mots de l’oraison funèbre de la Duchesse d’Orléans : « Madame se meurt, Madame est morte… »
Aujourd’hui, revenu parmi nous, alors qu’il est représenté comme un des quatre orateurs sacrés sur la Fontaine de cette place, on peut imaginer que c’est dans un style bien différent qu’il pourrait nous dire : « La tour nord se réveille, la tour nord est vivante… ».
Vous pouvez voir la vidéo et le diaporama consacrés à cet événement sur le site www.mairie6.paris.fr.
Eglise Saint-Sulpice : retour sur trois siècles d’histoire
Saint-Sulpice, la plus grande église de Paris, celle que l’on compare volontiers à la Cathédrale Notre-Dame parce qu’elle peut accueillir jusqu’à 3 000 personnes, a vu sa construction s’étaler sur deux siècles et demi. Voici les principales étapes de son histoire.
La première pierre de Saint-Sulpice fut posée par Anne d’Autriche en 1646. Les travaux de construction durent plus de 130 ans. Plusieurs architectes se succèdent dont trois pour la Tour Nord. Cette construction longue et parfois incohérente fut source d’erreurs dans sa conception architecturale. Le chantier est interrompu de 1678 à 1718 par manque d’argent. Jean-Nicolas Servandoni remporte le concours d’architecture lancé alors pour la façade principale et commence sa construction en 1726. Après le décès de ce premier architecte, Oudot de Maclaurin reprend et modifie le projet. Il amorce la transformation architecturale des deux tours mais il est remercié avant d’en achever la réalisation.
Jean-François Chalgrin conçoit un 3e projet qu’il réalisera entièrement sur la Tour Nord, la Tour Sud restant, faute de financement, en l’état laissé par Oudot de Maclaurin.
La base de l’étage supérieur de la Tour Nord reçoit quatre statues monumentales représentant les quatre Évangélistes, sculptées à la fin du XVIIIe siècle par Louis-Simon Boizot et Louis-Philippe Mouchy. Ces statues sont fortement mutilées lors de la Révolution. Le beffroi, l’un des plus grands de la capitale, est démuni de ses cloches ; on installe alors le télégraphe de Claude Chappe.
La réalisation, en 1870, de la balustrade entre les deux tours définitivement dissymétriques met un point final à la construction de l’église.
Cachée depuis 1999…
Un siècle plus tard, la Tour Nord présente des signes d’usure majeurs. A partir de 1999, un échafaudage est installé pour préserver la sécurité des riverains. Les études préalables à la rénovation s’engagent alors. Réalisées sous la direction d’Hervé Baptiste, architecte en chef des Monuments historiques, elles ont permis de compléter la documentation historique, d’établir, grâce à l’utilisation d’un radar, une cartographie des armatures métalliques de la tour, d’identifier l’origine des pierres, de découvrir la composition des mortiers, et de réaliser une analyse de stabilité générale.
En certains points de la tour, face aux désordres révélés par ces différentes études, une seule solution : démonter et refaire, l’enjeu étant de conserver au maximum les matériaux et les dispositifs d’origine en les complétant.
En 2004, le projet de restauration est
présenté et approuvé en Commission supérieure des monuments historiques. Les installations de chantier sont mises en place en juillet 2006 et le chantier d’une durée de 4 ans et demi est enfin engagé.
Article à paraître dans le magazine Notre 6ème du mois de janvier 2011.
